April Overall
Le Canada possède le plus long littéral du monde. Mais 243 793 kilomètres, voyez-vous quelle distance cela représente vraiment? Donnons une échelle de comparaison : figurez-vous 731 379 tours Eiffel bout à bout, ou 2 437 930 pâtés de maison, ou encore 2 681 723 terrains de football. Plutôt impressionnant, n’est-ce pas? Nos milieux aquatiques forment l’habitat de centaines d’espèces, des amphibiens aux oiseaux, en passant par les poissons. Mais ces milieux sont en difficulté. La pollution, les barrages et les dérivations, les changements climatiques, l’exploration et les forages pétroliers, la surexploitation, la destruction des habitats aquatiques, les espèces envahissantes et l’aménagement du littoral sont autant de menaces pour la qualité de cette ressource naturelle précieuse. L’intensification de ces menaces compromet la santé des espèces sauvages qui sont tributaires des milieux aquatiques.
La Semaine des rivières et des océans, qui a lieu chaque année du 8 au 14 juin, invite les Canadiennes et les Canadiens à se faire les intendants de l’eau de leur pays, tant de l’eau souterraine que de celle des lacs ou des océans. À l’occasion de la Semaine des rivières et des océans 2010, la Fédération canadienne de la faune appelle l’attention sur l’une des 97 espèces actuellement considérées comme étant en péril au Canada. La tortue luth a été ajoutée à la liste des espèces en voie de disparition en 1970, et elle a connu un déclin de plus de 60 p. 100 au cours des 30 dernières années. Cela n’a rien d’étonnant : cette tortue est en butte à de grandes adversités dès le tout début de sa vie.
Pas facile d’éclore
Les luths montrent une fidélité fabuleuse à l’égard des lieux qui les ont vus naître. À l’arrivée de la saison de nidification, ils retournent infailliblement à leur plage d’origine. Quand elle a trouvé un coin convenable pour le nid, une tâche difficile compte tenu de la multiplication des projets d’exploitation des plages, la femelle y pond de 50 à 166 œufs. Les œufs, au cours de la période d’incubation de 65 jours, puis les nouveau-nés, dans la ruée vers l’océan qui suit leur éclosion, sont exposés aux périls que posent plusieurs prédateurs : des chiens, des vautours, des mouffettes, des goélands, des ratons laveurs, des lézards, des opossums, des jaguars, des fourmis et des humains.
Matière plastique, matière à réflexion
Les méduses forment l’élément central du régime alimentaire des luths; chaque année, en juillet et août, les tortues parcourent des centaines de kilomètres pour venir chercher de la nourriture dans les eaux de l’Atlantique canadien. On les retrouve habituellement non loin des côtes de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve, ainsi que dans le nord du golfe du Saint-Laurent; leur présence a également été signalée dans la baie de Fundy. Lorsqu’elles prennent un repas de méduses, les tortues peuvent facilement confondre les matières plastiques jetées dans les océans avec leur mets gélatineux préféré. Ces 40 dernières années, plus d’un tiers des luths examinés avaient ingéré du plastique.
Pérégrinations
La tortue luth migre sur de plus grandes distances que tout autre reptile. Ses voyages vers des sites de nidification ou d’alimentation peuvent lui faire traverser des bassins océaniques entiers, qu’il s’agisse de l’Atlantique, du Pacifique ou de l’océan Indien. Plusieurs périls guettent les luths au cours de leurs voyages, notamment la pollution, le braconnage et la prédation naturelle. Le principal danger, pour ces reptiles, est toutefois la possibilité de tomber sur des engins de pêche. Entre 3,8 et 5 millions d’hameçons appâtés sont mis à l’eau chaque jour dans les océans du monde, et les luths restent souvent accrochés lorsqu’ils nagent trop près des lignes de pêche et tentent de manger les appâts.
Le Programme pour les espèces en voie de disparition de la Fédération canadienne de la faune a récemment accordé 16 000 $ au Canadian Sea Turtle Network dans le but d’évaluer le risque que les engins de pêche commerciale représentent pour les luths dans les eaux de la Nouvelle-Écosse. À ce jour, ce réseau possède le plus grand ensemble de données sur la tortue luth au Canada. Ce projet de recherche jouera un rôle essentiel pour assurer la conservation des tortues qui viennent, en provenance de 12 pays différents, se nourrir dans les eaux du nord de l’Atlantique. Vous pouvez venir en aide à la tortue luth et à d’autres espèces en péril en faisant un don aujourd’hui!